cerveau


Anne-Lise POLO

Neurotherapeute

5 ter, avenue des Trois Fontaines
F-74600 Seynod






La neurothérapie : Comment?
Rééducation

"Je bouge, donc je suis."
Rodolpho Llinas

L’un des plus célèbres chercheurs en neuroscience actuels, affirme que le développement de notre système nerveux est le résultat du besoin de se mouvoir : « thinking may be nothing else but internalized movement. So thinking is a premotor act. And therefore we are fundamentally moving animals that move intelligently. The more intelligent our movement, the more intelligent we are as animals. »

1) L’intégration des réflexes

L’un des principaux outils de la rééducation neurologique est l’intégration des réflexes infantiles et posturaux. Masgutova en Pologne, Vojta en Allemagne, Bobath en Angleterre ont souligné l’importance de revenir à l’étape initiale du développement moteur pour traiter les troubles neurofonctionnels et éviter les dysfonctionnements et pathologies qui en découlent.

Les étapes du développement sensori-moteur de nos bébés constituent les bases fondamentales sur lesquelles le développement cérébral repose, la bonne intégration des réflexes moteurs est la condition sine qua non d’un bon développement. À l’opposé, si un jeune enfant construit son développement sur des schémas anormaux (troubles sensoriels, patrons moteurs dysfonctionnels, postures inadéquates), il se retrouvera dans des impasses dans son développement moteur, mais aussi risquera de développer des dysfonctionnements dans d’autres sphères (retard de développement, troubles d’apprentissage, problèmes de communication, de socialisation, neuro-psychiques, comportementaux etc…).

On a longtemps considérés que les déficiences neurologiques étaient irréversibles. La neurothérapie repose au contraire sur le fait que le cerveau est l’organe par excellence de l’adaptation et de la transformation, notamment parce qu’il est l’organe maître des apprentissages, ensuite parce que la plasticité cérébrale est une réalité à tout âge.

Le cerveau n’est pas construit une fois pour toute à 3 ans, ni même à 7 ou à 14 ans. La rééducation se fait beaucoup mieux et beaucoup plus rapidement chez le bébé que chez le vieillard et l’intervention précoce est reconnue de façon unanime par le milieu médical. Toutefois, rien ne se joue irrémédiablement avant 6 ans. Par contre, les outils de rééducation sont encore trop souvent ignorés : « L'organisme, sur ordre du cerveau, possède en lui de quoi corriger tous les désordres possibles (...). Ces capacités de défense et de régénération sont, pour le moment, quasi inexploitées. »

Une récente étude publiée dans la revue américaine Pediatrics s’est penché sur les cas d’enfants marchant sur la pointe des pieds. Les auteurs conviennent que plus de 40% des enfants présentant un retard de développement ou des troubles neuropsychiatriques, marchent ou ont marché sur la pointe des pieds, ce qui vient confirmer les études précédentes montrant que la marche sur la pointe des pieds prévaut chez les enfants présentant des troubles cognitifs. Les auteurs admettent cependant n’avoir aucune idée des raisons pour lesquels certains enfants utilisent cette façon atypique de marcher. En fait, la marche sur la pointe des pieds est le signe visible que l’enfant n’a pas acquis le réflexe de redressement du tronc. L’intégration de ce réflexe met fin à cette forme pathologique de la marche et permet d’éviter la construction de patterns dysfonctionnels associés.

L’importance de l’intégration des réflexes dans le développement cérébral global et dans la rééducation a été soulignée par le Dr. Masgutova. Elle identifie une vingtaine de réflexes infantiles qui ont une incidence fondamentale sur les capacités d’apprentissage et le comportement. Elle s’oppose à la conception dominante qui statue que les réflexes primitifs disparaissent, elle affirme qu’ils s’intègrent dans le développement moteur global, constituent le support, la trame sur laquelle se construisent des habiletés plus complexes.

Le réflexe de préhension par exemple, est indispensable au développement des habiletés de motricité fine, mais sa non-intégration a aussi des incidences sur le comportement : il caractérise souvent des enfants qui ne « lâchent pas prise » (réflexe hypertonique) ou qui au contraire « ne s’accrochent » à rien, ne savent pas persévérer (réflexe hypotonique). Les mots et les maux sont beaucoup plus inter-reliés que nous ne le pensons généralement.

À travers ses recherches, le Dr. Masgutova a inventorié quelques conséquences possibles de la non-intégration des réflexes dynamiques et posturaux et leur rapport avec les troubles neurologiques les plus couramment diagnostiqués. Je traduis ici quelques-unes de ses observations que l’on trouvera en anglais sur le site internet de la MNRI (http://masgutovamethod.com):

Pour l’humain, le développement fait intervenir une série de réflexes qui sont communs à tous les individus. Ces réflexes sont les bases sur lesquelles reposent tous nos mouvements et ils ont une influence fondamentale sur le développement cérébral et sur les processus mentaux et intellectuels auxquels nous parvenons à maturité. Pour des raisons variées, durant la gestation, au moment de la naissance ou à d’autres moments de la vie, une personne affectée par un traumatisme pourrait voir amoindrir ses capacités à utiliser ces réflexes. Des situations de stress peuvent également avoir des incidences sur l’intégration normale des réflexes chez un enfant.

Dans la très grande majorité des cas, les enfants connaissant des troubles de développement présentent non pas un mais plusieurs réflexes primitifs dysfonctionnels voire pathologiques. Lorsque certains réflexes ne sont pas intégrés, l’individu développe des schémas primaires anormaux sur le plan moteur et devient incapable de développer adéquatement certaines habiletés motrices complexes ou certains processus cognitifs ou mentaux. Le tableau ci-dessous donne des exemples des conséquences possibles d’une non-intégration des réflexes traités à travers la méthode Masgutova.

Réflexes

Quelques conséquences possibles de leur non-intégration

Préhension

Dysgraphie, tension excessive à l’écriture, difficultés de langage et de communication

Redressement assis

Problème de motricité fine, TDA, TDHA, problème pour parler ou épeler

Allongement croisé

Problèmes posturaux, mauvaise coordination des membres inf. pour tenir debout, marcher, courir, sauter

Babinsky

Problème avec la coordination globale et fine, instabilité

Points cardinaux

Problème de coordination main-bouche, difficulté d’élocution ou de langage, poings fermés

Tonique Asymétrique du cou

Problème d’équilibre, faible stabilité, difficulté à écrire, à traverser la ligne médiane, confusion concernant le côté dominant, poursuite oculaire difficile

Attachement

Difficulté à établir des liens, dépendance affective, difficulté d’adaptation aux changements

Marche automatique

Faible capacité de réflexion, réactions de protection, manque de créativité, TDA, agressivité

Moro

Allergie, système immunitaire déficient, troubles sensoriels, émotivité, fatigue, manque d’adaptabilité

Fouissement (Rampé)

Délai des réflexes liés à la marche et à la coordination motrice, manque d’intégration de la pensée et du mouvement

Parachute

Trouble de la personnalité et des relations sociales interpersonnelles, maladresse, insécurité gravitationnelle

Landau

Désordres structuraux et posturaux, mouvements raides, dépression

Saut/atterrissage

Faible coordination haut-bas, faible habileté d’organisation, vertige, hyperactivité

Orientation de Pavlov

Dysfonctionnement du développement intellectuel et cognitif, faible estime de soi, manque de motivation

Spinal Galant

Problème de posture (scoliose..), fatigue, faible concentration, problème de mémoire, TDA

Spinal Perez

Hyperactivity, problème structuraux, phobies, problème de tonus musculaire, mémoire, pipi au lit

Tonique symétrique du cou

Faiblesse posturale, problème de coordination tête-yeux et main-œil, problème de dissociation des mouvements

Redressement

Mauvais alignement structurel, posture penchée, inflation du détail ou au contraire tendance à être trop imprécis

Tonique Labyrinthique

Désordres de la posture, faible équilibre, difficulté dans la perception de l’espace et du temps, problème de coordination des mouvements

Établir la carte des réflexes intégrés ou non intégrés chez les bébés permet d’établir un diagnostic précoce. Pour les moins jeunes, le travail d’intégration permet de remettre sur la bonne voie des enfants qui prennent un chemin atypique, ce qui se traduit le plus souvent par des difficultés d’apprentissage, des échecs scolaires avec le cortège de ce que cela entraîne pour l’estime de soi, les rapports aux autres etc..

La rééducation repose sur la possibilité de faire ou refaire des connections neurologiques là où elles doivent être et comme elles devraient être alors qu’un réflexe dysfonctionnel fonde une voie neurologique inadéquate, inefficace. L’approche thérapeutique vise à stimuler le système nerveux central et à le rééduquer en remplaçant des schémas moteurs dysfonctionnels ou pathologiques par des schémas normaux, des circuits neurologiques inadéquats par des réseaux synaptiques efficaces et corrects.


2) La stimulation sensorielle

Dans des conditions normales, le système nerveux central joue son rôle de régulation et de coordination entre l’individu et son environnement. S’il ne le fait pas, c’est parce que l’information ne se rend pas ou qu’elle est mal interprétée, de ce fait, elle entraîne une réponse inappropriée, dysfonctionnelle ou pathologique.

L’intégration de l’information est toujours multisensorielle et les réponses motrices du corps aux stimuli de l’environnement dépendent des sens organiques de l’exteroception (vision, audition, odorat, touché, goût) de la proprioception. Elle passe aussi par l’interoception, c’est-à-dire les sensations internes, viscérales.

La rééducation passe dès lors par une stimulation des récepteurs sensoriels simples (muqueuses, tendons, muscles, tissus conjonctifs) ainsi que des fuseaux neuromusculaires, sensibles au touché, à la pression, à la chaleur, aux étirements, à la douleur. Elle vise aussi la stimulation des récepteurs complexes comme la vue, l’ouïe, l’équilibre. Elle cherche à établir l’équilibre et l’harmonie des fonctions organiques et à renforcer la circulation et les échanges chimiques et énergétiques.

Ainsi la rééducation du système nerveux central passe par le travail sur le système nerveux périphérique, aussi bien somatique qu’autonome. La rééducation des réflexes s’accompagne donc d’un travail approfondi sur les perceptions sensoriels et accorde une place privilégiée à l’intégration tactile, à l’intégration des réflexes visuels et auditifs, à la rééducation des fonctions préorales (respiration, succion, mastication, déglutition), à la stimulation du système autonome par accu-pression et massage des méridiens énergétiques.

La rééducation cérébrale prend du temps car elle vise à remplacer un fonctionnement cérébral atypique, par un autre. Elle suppose donc la création d’une voie neurologique alternative à celle qui existe déjà ou à faciliter son établissement quand ce chemin ne se fait pas.

L’intégration des réflexes exige la répétition des informations pertinentes et leur engrammation neurologique. La répétition, l’intensité des stimulations cérébrales et l’arrimage des différents protocoles thérapeutiques durant une même séance sont la clé de la rééducation neurologique.

Concrètement, les thérapies prennent entre une heure pour un bébé ou un très jeune enfant et trois heures pour un jeune ou un adulte. La fréquence des thérapies varie selon la problématique et la possibilité de faire les exercices à la maison. Dans certains cas, des thérapies sous forme de session intensives (plusieurs heures par jour, plusieurs jours) peuvent aussi être proposées.

Les parents sont mis à contribution et sont partie-prenante du processus thérapeutiques, en tant qu’observateurs de première ligne de l’évolution de leur enfant mais aussi en tant qu’acteurs de leur développement. Le coaching des parents est encouragé. Leur formation est souhaitable et souhaitée, notamment pour l’intervention précoce et la rééducation des bébés. Des séances de coaching peuvent être mises en place, y compris dans un cadre préventif.






Llinas, Rodolpho, 2007. Enter the “I of the vortex” with neuroscientist, interview with Rodolpho Llinas, TSN, April 17, 2007. http://thesciencenetwork.org/programs/the-science-studio/enter-the-i-of-the-vortex, consulté le 16.12.2013.
J-P. Escande, cité par Pr Cyrus Irampour, 2013. Postface de Votre corps a une mémoire, de Myriam Brousse, Paris : Marabout, Poche, page 176.
Pähr Engström, MD and Kristina Tedroff, MD, PhD, “The Prevalence and Course of Idiopathic Toe-Walking in 5-Year-Old Children”, Pediatrics, publié en ligne le 23 juillet 2012, http://pediatrics.aappublications.org/content/early/2012/07/18/peds.2012-0225, consulté le 13.12.2013.