cerveau


Anne-Lise POLO

Neurothérapeute


Anne-Lise Polo, PhD., chercheure en sciences humaines spécialisée sur les rapports identité-altérité, a enseigné l'histoire et la science politique dans différentes universités du Québec.

Auteur de La Nef marrane, et d'articles de philosophie, elle a orienté ses recherches dans le domaine de la réduction du handicap suite à la naissance de sa fille en 2002 atteinte de paralysie cérébrale grave. Elle travaille comme neurothérapeute depuis 2005.





Articles

Article 1
Comprendre l’apport des thérapies neurologiques dans le développement cérébral et la réduction du handicap.

Article 2
Tout se joue avant trois ans, ou comment soutenir le développement cérébral des enfants.





Article 1

Comprendre l’apport des thérapies neurologiques dans le développement cérébral et la réduction du handicap.

Par Anne-Lise Polo

La science moderne a atteint un niveau de maîtrise des technologies et de la médication qui laisse pantois. Toutefois, elle aborde l'être humain de façon fragmentée, perd de vue la globalité, et surtout, elle travaille trop souvent contre le corps ou à sa place. On pourrait résumer sa position par le fait qu’elle déclare la guerre aux maladies et les traite le plus souvent avec de l'artillerie lourde.

De ce fait, la médecine occidentale moderne répare le corps humain plus qu’elle ne le soigne, adoptant le plus souvent une approche symptomatique. Elle conçoit l’être humain comme un système qu’elle peut disséquer et réduire en ses parties. La surspécialisation implique que le système lui-même est perdu de vue et avec lui l’être humain dans sa globalité, dans sa complexité globale. La médecine actuelle ne sait pas ce qu’est un être humain, elle ne connaît que des maladies et des dysfonctionnements. Elle n’aborde pas la médecine comme une aide pour préserver les êtres en bonne santé et en équilibre, mais s’attaque aux maladies sans se préoccuper le plus souvent de savoir pourquoi une personne cesse d’être en bonne santé. La science moderne fragmente l’être humain et sépare le corps et l’esprit. Nous sommes encore aujourd’hui les héritiers de Descartes. La science occidentale moderne, en dépit et à cause de tous ses progrès, se heurte à des limites de plus en plus visibles, de plus en plus problématiques.

Comme le disait, il y a plusieurs décennies déjà Thomas Kuhn, les révolutions de la pensée s’opèrent précisément quand un système atteint une limite intrinsèque, imposant la nécessité d’un changement de paradigme (Kuhn, 1962). L’engouement récent en Occident pour des approches alternatives démontre l’intérêt pour une autre conception de la santé, de l’équilibre et le retour à une vision holistique de l’être et de sa place dans le monde. Ce n’est pas un hasard si on parle désormais des médecines « douces » par opposition à la médecine « dure ». Les médecines douces visent à collaborer avec l’être, à dialoguer avec le corps et l’esprit, non à leur faire la guerre.

Le développement cérébral est un processus global et intégré, fondé sur notre programme génétique qui est le résultat d’un processus d’évolution qui a pris des millénaires. Toutefois, nos façons de vivre sont à des années lumières de celles de nos ancêtres et il n’est pas trop fort de dire que nous sommes « dénaturés », au sens propre du terme, soit des êtres sortis de la nature, comme Adam et Ève du paradis. Nous ne vivons plus en symbiose avec le monde et nous ignorons notre nature propre d’être humain. Il n’entre pas dans mon propos ici de développer notre façon de concevoir notre façon d’être au monde, à la fois en dehors et au-dessus du monde. Mes réflexions sur le sujet ont fait l’objet d’un cours donné au département de science politique de l’université du Québec à Montréal et de différentes publications, en particulier d’un article publié en 2008 (Polo, 2008 : 143-173). Les incidences de notre mode de vie sur notre santé est un phénomène largement étudié de nos jours. Je n’y reviens pas. Ce qui m’intéresse ici ce sont les effets de notre « dénaturation » sur le développement cérébral.

Nous ne nous posons pas suffisamment de questions sur les incidences particulières de cette sortie de la nature qu’impose la vie moderne. Prenons simplement l’exemple de l’allaitement. Nous connaissons l’importance du lait maternel pour le développement du système immunitaire de nos bébés. Nous savons également que l’allaitement fonde le lien d’attachement entre la mère et son enfant. Nous ne sommes pas conscients de ce dont nous privons nos bébés quand nous les alimentons au biberon et des incidences de la disparition d’un processus naturel sur leur développement. Un bébé allaité est nourri par sa mère en alternance d’un côté et de l’autre. Une partie du corps du bébé se trouve comprimée contre le corps de la mère, l’autre est libre. La main, la jambe, l’œil, l’oreille libérés reçoivent des stimulations différentes de l’autre partie du corps qui est en partie inhibée au contact du corps de la mère. L’allaitement favorise l’apprentissage de la latéralisation.

Cet aspect disparaît quand nous nous nourrissons nos bébés au biberon car nous les tenons toujours du même côté, à gauche si nous sommes droitiers. Boire au sein et boire à la bouteille n’exige pas non plus le même effort au niveau de la succion. L’allaitement exige une succion plus active qu’avec un biberon. La prise du sein exige également un mouvement de la mâchoire pour attraper le téton qui n’est pas nécessaire avec le biberon. On ne s’étonnera plus que les petits Français gardent des tétines dans la bouche jusqu’à un âge anormal quand on sait qu’en France deux bébés sur trois sont allaités et que les deux tiers de ceux qui le sont ne le sont que pendant un mois! Ce phénomène exprime parfaitement le fait que pour beaucoup de bébés, la succion n’est pas installée, les besoins physiologiques et neurologiques de la succion ne sont pas intégrés. Les lèvres sont peu toniques, la langue est basse et avancée, les muscles des joues sont peu développés ce qui pourra avoir pour conséquence que la mastication elle-même sera moins efficace, les dents mal placées, l’occlusion inadéquate etc… Le développement inadéquat des fonctions préorales auront des incidences sur le développement du langage, la posture, la digestion etc.. La nourriture au biberon est, peut-être, un gain sur le plan de la culture (elle libère les femmes et les rend au marché du travail), c’est certainement une perte sur le plan de la nature.

Autre exemple, la règle d’or « dodo sur le dos ». On a établi qu’il y a moins de morts subites des bébés si on les couche sur le dos. Soit, mais désormais on réalise que de jour comme de nuit, beaucoup d’enfants ne sont plus placés sur le ventre. Nos bébés passent la majeure partie du temps dans un baby relaxe qu’on traîne de la table de la cuisine à la poussette, du siège auto au caddy du supermarché etc.. Couchés constamment sur le dos, ils apprennent à dissocier le centre du corps et les quatre membres, ils regardent en l’air et au centre, mais ils n’apprennent pas à redresser la tête, à pousser sur les bras, à se retourner. La position ventrale les insécurise. Se développe le syndrome de la tête plate. Lors d’une première rencontre avec les parents d’un bébé ayant ce syndrome, je leur ai demandé ce que leur pédiatre pensait du fait que l’enfant avait l’arrière de la tête plate. Ils m’ont répondu qu’il ne s’en souciait pas, que le père du bébé lui-même avait le syndrome de la tête plate et que la cause en était donc génétique. Toutefois, ce bébé, âgé six mois, ne tenait pas sa tête, était incapable de tenir la position assise, ne se retournait ni du ventre au dos, ni du dos au ventre et d’ailleurs, les parents ne le mettaient jamais sur le ventre parce que ça le faisait hurler.

Un rapport de l’INSERM daté de 2004, statue que de moins en moins d’enfants qui dorment couchés sur le dos dès la naissance passent par les étapes du rampé et de la marche à quatre pattes… (INSERM, 2004 : 117) Nos enfants ne vont pas bien parce que nous ne donnons pas à nos bébés l’opportunité d’expérimenter les processus naturels par lesquels le développement cérébral doit se faire. 85% à 95% des enfants qui sont dyslexiques ou bègues n’ont pas marché à 4 pattes. 75% des enfants qui marchent sur la pointe des pieds développent des troubles psychiatriques. 95% des enfants ayant des troubles psychiatriques ont eu des retards dans le développement du langage. 85% des autistes n’ont pas marché à 4 pattes (Padovan, 2005). Ces chiffres donnent à réfléchir.

Les progrès majeurs des neurosciences au cours des quinze dernières années, nous ont permis de développer nos connaissances du fonctionnement cérébral. Il reste bien des zones d’ombre, mais le développement de l’imagerie médicale a permis un gain majeur : nous voyons désormais le cerveau en action. Les principales applications médicales restent la chirurgie ou la médication, toutefois de nouvelles avenues se sont ouvertes, en particulier lorsque la chirurgie est impossible et que les pathologies s’avèrent pharmaco-résistantes. La recherche s’oriente de plus en plus en direction de la stimulation à haute fréquence (SHF) notamment dans les cas d’épilepsie (Chabardès et al, 2002). Les neurosciences s’orientent vers des recherches expérimentales pour traiter les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson par électromagnétisme, utilisant des courants électriques faibles pour stimuler des zones très précises du cerveau affectées par des lésions cérébrales. On voit également se développer des thérapies basées sur la synchronisation des ondes cérébrales à partir de stimulations visuelles et/ou auditives (neurofeedback, EMDR, IMO etc.).

Dans le cas de la paralysie cérébrale, la recherche se tourne également vers l’augmentation quantitative des neurones actifs. Les expérimentations sur l’implantation de cellules souches suscitent un énorme intérêt. L’oxygénothérapie semble également donner des résultats très intéressants car elle semble permettre l’activation de cellules en dormance. La recherche s’oriente ainsi vers une augmentation quantitative des neurones, mais qu’en est-il de l’aspect qualitatif?

Nous savons désormais que ce que l’on nomme l’intelligence est le résultat du développement des connections entre les neurones. Plus les chemins sont directs et rapides, plus nous sommes « intelligents ». À l’opposé, si la voie directe est, pour une raison ou une autre, impossible, les connections neurologiques emprunterons un autre chemin, l’alternative étant généralement moins efficace et moins rapide. Mes propres recherches se sont orientées vers des approches visant la rééducation cérébrale, c’est-à-dire la stimulation de connections neurologiques, la création de circuits efficaces, par le biais d’approches sensori-motrices. Il s’agit en quelque sorte d’établir un dialogue avec le cerveau en passant par le système sensoriel. Quand le cerveau ne contrôle pas le corps de façon efficace et adéquate, on peut renverser le processus en travaillant sur le corps pour informer le cerveau. Le système nerveux central est « un complexe enchevêtré de circuits de réalimentation. Si nous donnons les impulsions les plus primaires, les chemins s’ouvrent et de nouveaux circuits peuvent être formés. » (Von Bekesy, in Padovan, 1994 : 13-21)

La littérature théorique (Piaget, Luria, Pavlov, Vigotsky, Fay etc...) a mis l'accent sur le développement neurologique et sur la plasticité cérébrale. Le développement moteur constitue le fondement neurophysiologique du développement physique, émotionnel et cognitif. La littérature scientifique et les recherches sur le développement cérébral ont conduit à considérer que le développement sensori-moteur du bébé est la matière dont se nourrit le cerveau pour créer des connexions cérébrales. Le langage et la pensée se construisent ensuite sur cette base.

Les approches fondées sur la rééducation neuro-fonctionnnelle reposent toutes sur les mêmes postulats théoriques : la majeure partie des difficultés rencontrées par nos enfants (trouble de langage, de comportement, déficit d’attention, hyperactivité, dyslexie etc…) prennent leur source dans un développement sensori-moteur incomplet ou inadéquat durant la petite enfance. L’hypothèse de travail de stimulation cérébrale et de rééducation implique de revenir aux fondements du développement cérébral, refaire les étapes naturelles du développement sensorimoteur.

L’organisation neurologique est cette condition physiologiquement la meilleure qui s’achève uniquement chez l’homme comme résultat d’un développement nerveux ontogénétique ininterrompu. Ce développement résume le développement nerveux phylogénétique de l’homme ; il commence à l’occasion du premier trimestre de la grossesse et se termine, pour les individus normaux vers l’âge de six ans et demi. (Doman, 2000)

Doman, Fay et Delacato (Institutes for the Achievement of Human Potential, Philadelphie. Doman-Delacato Patterning Therapy, DDPT) opèrent par des thérapies qui reposent sur la répétition, l’enchaînement des différentes étapes de l’apprentissage du mouvement volontaire (pour faire simple de la roulade à la marche debout en passant par le rampé, la marche à quatre pattes). Padovan (Méthode de réorganisation neuro-fonctionnelle, NRF) reprend les mêmes patrons moteurs mais y ajoute un travail spécifique sur les fonctions motrices préorales (respiration, succion, déglutition, mastication).

Vojta en Allemagne et Masgutova en Pologne remontent plus haut, en amont du développement, et s’intéressent à l’intégration et la maturation des réflexes infantiles plus connus sous le nom de réflexes primitifs. On a longtemps jugé que les réflexes infantiles représentaient une partie archaïque de notre développement cérébral fondée sur les besoins de survie. Ils apparaissent dès les premiers mois de vie et « disparaissent » ensuite. On ne devrait plus les voir après l’âge de trois ans. Cette croyance est remise en question:

Fundamental to the MNRI Method is the understanding that automatic primary motor reflex patterns do not disappear, they integrate. While most people in the general health and wellness community are quite familiar with primary motor reflex patterns, they generally view the patterns as developmental milestones. In the course of working with a patient, if primary motor reflex patterns are found active beyond the expected or typical developmental time period, the presence of the pattern is viewed as an indication that underlying developmental or neurological issues may exist. Within the framework of the MNRI Method, primary motor reflex patterns play a much larger role. First, it is important to understand that reflexes do not function in complete isolation of one another. Primary motor reflex patterns, in particular, play a subordinate role in the maturation of more complex motor reflex schemes (i.e., rolling over, sitting up, crawling, etc.) Once a primary reflex pattern fully matures during the typical developmental period, it integrates to serve this subordinate role. A dysfunctional pattern results either because it did not mature and integrate in the first place or because it has re-surfaced at some point after integration. In other words, a dysfunctional primary reflex pattern is not simply an indicator of potential neurological dysfunction, but actually helps to identify where underlying neurosensorimotor dysfunction exists in the body. The MNRI Method isolates reflex dysfunction, engages restorative techniques targeting underlying neurosensorimotor dysfunction, and works toward facilitating the integration process, resulting in improvements and sometimes even complete recovery of general function. (http://masgutovamethod.com/about-the-method, consulté le 15 janvier 2013).

Donnons des exemples concrets: un enfant qui pousse les autres dans la cour de l’école n’a généralement pas bien intégré le réflexe de protection avant (le parachute), un bébé qui réclame sans arrêt sa tétine, n’a pas intégré le réflexe de la succion, un enfant qui a des problèmes de calligraphie n’a généralement pas intégré le réflexe de préhension, beaucoup d’enfants qui ont des déficits d’attention ont des problèmes d’équilibre et ne tiennent pas sur leurs jambes. L’intégration et la maturation des réflexes dits primitifs permettent le développement des habiletés motrices. L’acquisition des réflexes des pieds est un préalable à l’acquisition de la marche, tout comme le réflexe de préhension palmaire va permettre le développement de la dissociation des doigts. Nous exigeons beaucoup de nos enfants, notamment un contrôle mental, cérébral de leurs gestes, de leurs actes ou de leurs comportements, mais nous ne leur donnons pas les moyens de le faire. Vouloir n’est pas pouvoir. Nos exigences se situent au niveau du contrôle cortical (fais ceci ou fais cela) alors que les habiletés qui sont sollicités sont gérées par des zones sub-corticales.

Les approches traditionnelles de rééducation, presque toujours fondées sur des approches symptomatiques et fragmentées manquent de nous convaincre et ne font pas la preuve scientifique de leur pertinence (INSERM, 2004 : 135). Pour Amiel-Tison (1997), la rééducation ne commence vraiment qu’avec le travail des Bobath en Angleterre sur les réflexes infantiles. Aujourd’hui la rééducation des réflexes est le fondement de la rééducation des enfants atteints de déficiences cérébrales graves en Allemagne :

La méthode Vojta s’est imposée en Allemagne. Elle est basée sur l’utilisation du stade néonatal de motricité réflexe, sur le développement ontogénique de la motricité. Les réflexes de locomotion sont travaillés à partir de stimulations périphériques, et l’expérience de la motricité communiquée à l’enfant par le thérapeute à partir de ces stimulations réflexes (INSERM, 2004 : 135).

La neurothérapie que j’applique vise la rééducation du développement moteur en partant de ses fondements, soit la motricité réflexe, mais elle ne l’isole pas. Elle prend appuie sur le système sensoriel et favorise l’intégration des informations qui passent par l’audition, la vue, le tactile et la proprioception. Le développement pathologique des réflexes infantiles dit primitifs ou archaïques est en soit une indication fondamentale d’un dysfonctionnement cérébral sévère. Sans une intégration harmonieuse des réflexes, il est impossible d’envisager un développement moteur global adéquat, car ces réflexes constituent le préalable au développement de la motricité globale et fine volontaire.

La neurothérapie telle qu’elle est pratiquée en Angleterre, en Pologne ou en Allemagne est encore mal connue en France, mais elle commence à se développer aux États-Unis et au Canada. Elle permet des améliorations notables, durables et significatives. Elle permet de réduire les pathologies, voire d’obtenir un règlement de nombreux dysfonctionnements. Appliquée de façon précoce, elle évite le développement de la spasticité avec les déformations orthopédiques que celle-ci entraîne et qui conduisent inévitablement à des interventions chirurgicales majeures et de l’appareillage. La neurothérapie ne permet pas seulement de rééduquer le corps. Elle permet le développement cognitif, facilite l’équilibre affectif et émotionnel, la socialisation comme la communication.

Le développement neurologique est un processus global et intégré. Les gains obtenus dans une sphère ont des impacts considérables dans d’autres sphères. On peut « réparer » un cerveau, favoriser les connexions neurologiques, rétablir des mécanismes chimiques, stimuler des fréquences cérébrales, réduire des dysfonctionnements. Pour cela, il faut dialoguer avec le cerveau, lui fournir des informations pertinentes et adéquates.

La plasticité cérébrale est désormais un phénomène largement connu, mais la recherche en neuroscience en Europe et en Amérique du Nord persiste à aborder le fonctionnement cérébral non comme un phénomène global mais à partir d’une conception localisée des fonctions cérébrales qui date du début du siècle dernier (surtout avec les travaux de Vernick et Broca sur les zones du langage). Travailler sur les symptômes uniquement ne permet pas de régler les causes de ses symptômes. On se contente trop souvent de pallier aux handicaps sans parvenir à les réduire. Les approches thérapeutiques traditionnelles sont des approches trop souvent palliatives.

Dans le cas de la paralysie cérébrale, on considère comme inévitable le développement de la spasticité. La solution préconisée passe par des étirements des membres, par la verticalisation dans une station debout durant de longues périodes. Tirer sur les jambes d’un bébé provoque une réaction cérébrale de protection qui va à l’opposé de l’effet voulu, soit une rétraction musculaire. Le travail thérapeutique traditionnel encourage le développement de la spasticité. Une fois les rétractions musculaires installées, il est très difficile de les défaire. Le Dr. Masgutova a développé une approche inverse de celle que l’on trouve dans les thérapies conventionnelles. Si l’effet recherché est un relâchement du muscle, le thérapeute va manuellement contracter le muscle jusqu’à ce que le cerveau réagisse à l’inverse. Si l’on recherche une extension de la jambe, le thérapeute va la fléchir exagérément jusqu’à ce que le cerveau réagisse à l’inconfort que lui procure la flexion et ordonne à la jambe de pousser en extension. Le travail avec des bébés démontre que le phénomène de rétraction musculaire est évitable.

La rééducation cérébrale est un processus lent et long. Elle exige un travail thérapeutique soutenu car c’est par la répétition des informations reçues que s’établissent des chemins neurologiques. Le travail est rendu encore plus difficile lorsqu’il faut « défaire » des connexions inadéquates pour les remplacer par des connexions adéquates.

Néanmoins, la neurothérapie est une approche qui fait sens. Plus elle est mise en pratique rapidement, plus elle permet d’informer adéquatement le cerveau et d’éviter la mise en place de réactions dysfonctionnelles ou pathologiques. Elle démontre son efficience lorsqu’elle est appliquée de manière préventive. Les bébés à risque, tels que les bébés prématurés par exemple, ou ceux ayant souffert d’anoxie à la naissance, sont ceux qui bénéficient le plus de ces thérapies. Plus tôt on intervient dans le développement cérébral, plus on travaille sur un cerveau malléable, presque vierge, plus les résultats sont spectaculaires. On a longtemps cru que la plasticité cérébrale n’existait que jusqu’à deux ou trois ans. La récupération des facultés après des AVC chez des adultes a cependant démontré que le cerveau restait malléable tout au long de notre vie. La stimulation cérébrale est la clef qui permet de faire face à des troubles d’origine neurologiques quels qu’ils soient et d’inverser les processus. Elle permet de réduire les symptômes parce qu’elle travaille sur les causes et remontent aux origines des problèmes. Si un trouble est d’ordre neurologique, la rééducation se doit de l’être aussi.



Références :

Amiel-tison, C., L’infirmité motrice cérébrale, Paris, Masson, 1997.

Chabardès, Stéphan, et al, 2002, Epileptic Disorders. Volume 4, Numéro 3, 83-93, Supplement 3, December 2002, The basal ganglia and the epilepsies : translating experimental concepts to the new therapies.

Doman, Glenn, 2000, Que faire pour votre enfant lésé cérébral ? Paris, Desclée de Brouwer, 2000.

Kuhn, Thomas Samuel. 1962. The structure of scientific revolutions, Chicago : University of Chicago Press , 172 p., (pour la traduction française : La structure des révolutions scientifiques, ouvrage trad. de l'américain, Paris : Flammarion , 1976, c1972, 646 p.

INSERM, 2004, Déficiences ou handicaps d’origine périnatale. Dépistage et prise en charge, Rapport 4 juin 2004, p. 117.

Padovan, Sonia, 2005, Réorganisation neurofonctionnelle, module 1, Montréal, 8-11 juin 2005.

Padovan, Beatriz et Padovan Catenne, Sônia, 1994, dans « Réorganisation neurofonctionnelle, Méthode Padovan, Temas sobre desenvolvimento, Ano 3, n.17, março/abril 1994, pp. 13-21, Editora Memnon Edições Cientificas, São Paulo, Brasil.

Polo, Anne-Lise, 2008, « Le mutisme de la philosophie occidentale moderne ». Dans Sébastien Mussi (dir.) Thierry Hentsch la pensée réversive. Montréal, Les productions à dix cennes/Les cahiers de l’idiotie, Vol. 1, No. 2, automne 2008, pp. 143-173. http://www.cahiers-idiotie.org/numero2.html